Expédition en Alsaska : ascension du Denali

Denali – Mount Mc Kinley – Alaska – Mai-Juin 2014

 

Finalement, je prends enfin du temps pour trier nos photos de cette expédition de 2014.

Je ne sais plus d’où nous est venue l’idée d’aller gravir cette montagne à l’extrémité du continent américain, mais c’était un très bon choix.

De part les paysages, l’ambiance, les « alaskans » et la nature, nous avons passé 6 semaines vraiment formidables.

Il est conseillé par les rangers de prendre 21 jours d’autonomie sur les glaciers afin de pouvoir s’assurer qu’en cas de tempête, et donc que l’avion qui nous dépose et qui vient nous chercher à la fin puisse voler. Quand on lit les recommandations des rangers depuis chez nous, tout cela nous paraît un peu abstrait. Ce n’est que lorsque nous prenons le tout petit avion à Talkeetna et nous traversons ces immensités vierges que nous prenons conscience de l’éloignement de ce massif.

L’organisation d’une telle expédition est relativement facile puisque mis à part le permis à acquérir auprès des rangers en préparant un beau dossier pour vérifier vos capacités d’autonomie, on trouve tout à Anchorage au niveau matériel et nourriture. Vous y trouverez aussi les plus grands magasins de camping que je n’avais jamais vu !

Depuis Talkeetna, tout le reste est facile : permis à retirer avec une petite vidéo et présentation de mise en garde par rapport au froid et aux ours. Puis organiser l’essence, les pulkas, et les derniers préparatifs et c’est parti pour un maximum de 21 jours prévus avec notre compagnie d’aviation (K2 aviation que nous recommandons fortement: http://www.flyk2.com/).

Tout notre chargement rentre comme par magie dans ce minuscule avion et nous voilà partis en compagnie d’un pilote qui ne me paraît pas à son premier apéro!

Le survol des marais et glaciers qui nous séparent du camp de base est incroyable et les passages au-dessus des cols ou des montagnes paraissent surréalistes.

J1- BC: L’atterrissage se passe bien et nous nous installons selon les recommandations des responsables du Base Camp.  On nous donne à ce moment nos pulkas ainsi que les bouteilles de gaz achetées. La tente installée et le premier repas lyophilisé  englouti, nous testons notre système de progression sur le glacier, c’est-à-dire : comment tirer chacun sa pulka, en étant encordés, afin qu’en cas de chute les pulkas proche des 60Kg, ne nous tirent pas au fond des crevasses. Cela demande un tout petit peu de réflexion !

J2 – camp 1: après notre première nuit sous tente et notre premier petit déjeuner à base de flocons d’avoine, nous assemblons tous nos bagages, bambous et boîte à caca sur nos pulkas et nous voilà en route pour le camp 1. Le trajet commence par une petite descente qui déjà nous pose quelques problèmes ! En effet la pulka a tendance à venir vous taper les jambes par derrière, ce qui est fort désagréable. Finalement nous passons le premier obstacle et nous remontons sur cet interminable glacier des fois sur des faux-plats mais quelques fois sur des pentes assez raides. Nous voyons vite les limites de ce système de pulka dans les dévers ! Nous arrivons finalement aux coordonnées du premier camp et nous cherchons un trou déjà fait avec un joli mur autour pour installer notre tente. Pendant qu’Aline installe l’intérieur de notre palace, je me prépare à la tempête du siècle qui heureusement ne viendra pas ce soir là. Je rajoute quelques blocs de neige sur le mur autour de la tente et j’arrime la tente avec nos pieux et nos ancres à neige.

 

Camp 1 – Camp 2 – Camp 3

La nuit fut bonne et pas trop froide. Notre petit déjeuner nous rappelle que nous devons manger quoiqu’il arrive pour ne pas trop sécher. Nous mettons un temps fou à plier tout ce « chenil » pour finalement se remettre en route sur le Kahiltna Glacier qui paraît sans fin. Après quelques heures de marche nous passons le camp 2 qui comme on nous l’avait dit, peut être « shunté » ce que nous faisons avec  plaisir. Nous continuons donc  vers le camp 3, mais la pente se raidit et comme je voulais faire mon galant homme, ma pulka pèse un certain poids. Bilan de mon opération, dès que je suis en dévers elle se met à rouler sur elle-même dans la pente et m’entraîne avec elle.  Je me bats avec elle, avec les élastiques, avec mon chargement, bref je m’énerve après elle et surtout je vois du monde nous rattraper et  j’enrage ! Un ranger avec son groupe arrive lentement mais sûrement et nous dépasse. Il attrape ma pulka comme si elle pesait 5 kg et m’aide à la traîner un moment dans la partie la plus en pente. Nous discutons avec lui ; il deviendra au fils des jours notre ami et nous passerons de longues heures à discuter et refaire le monde !

Finalement nous arrivons au camp 3 où il y a déjà un peu plus de tentes qu’aux autres camps. Nous trouvons là encore une bonne place pour notre tente, c’est un jeu de stratégie au quotidien !

 

Camp 3 – Camp 4 portage

Ce camp 3 nous met une bonne fois pour toute dans l’ambiance expé : avec sa trentaine de tentes, avec les guides américains qui cuisinent du bacon à leur client le matin au petit-déj, avec la stratégie à appliquer, id est, enterrer des réserves d’essence, les skis, le matériel qui s’avère inutile, etc…  tous ces éléments font que nous voyons à quel point une expédition là bas est si différente de ce que nous connaissions et cela nous plaît beaucoup !

De plus, pour se rendre au camp 4, il est assez évident que notre façon de progresser avec pulkas et skis s’avèrent plus dangereuses qu’autre chose. Alors après un repérage et de nombreuses discussions internes, nous optons pour une journée de portage avec les sacs pour répartir le poids sur les pulkas et une progression en crampon.

Nous partons donc cette fois avec  les sacs à dos bien remplis pour faire un dépôt de matériel sous le camp  4. L’ascension est plus longue que nous le pensions, il faut dire que nous passons la barre des 4000 mètres et par conséquent l’oxygène se fait plus rare. Nous atteignons le dépôt et de là nous pouvons contempler le Denali qui s’approche de jour en jour. Cette face est magnifique et paraît beaucoup plus directe que faire le tour par la gauche, mais bon, c’est notre première fois ici, alors ayons un peu de respect pour cette magnifique montagne et commençons par la voie normale de la West Buttress.

 

Camp 3 – Camp 4

Entre le dépôt de matériel et le camp 4, une série de crevasses doit être traversée. Du coup, non seulement il faut s’encorder, mais en même temps il faut croiser d’autres cordées qui essaient tant bien que mal de descendre avec leurs pulkas qui ont tendance à faire un peu ce qu’elles veulent! Tout ça prend un peu de temps et d’énergie et nous sommes tout content de nous installer dans notre palace le soir, avec un coin cuisine, des toilettes « privées » et un joli mur de blocs de neige qui nous abritent du vent. Je refais comme tous les jours ce mur de neige et j’harnache notre tente comme si le vent allait se lever. On ne sait jamais! J’ai enfin réussi à négocier un jour de repos le lendemain! Le premier et le dernier, mais par chance ce jour tombera bien.

 

Camp 4 – rest day

Nous découvrons les joies du camp 4! Grasse mat’ , petit déjeuner copieux, balade à la tente des rangers et des nouveaux amis avec qui nous partageons la montée depuis le BC. Nous avons rencontré deux japonais dont Atsushi qui restera un bon ami, deux français dont Hugues qui deviendra par la suite mon compagnon de cordée, et plein d’autres cordées comme ces Biélorusses qui terminaient leurs « 7 summits » en nous disant qu’il fallait faire l’Everest pour s’entraîner pour le MacKinley! Cette même journée, de nombreuses cordées essaieront de monter au col qui marque le début de l’arête pour monter au camp 5. Il s’agit de faire un portage de matériel en haut de ce col et de redescendre au camp 4. L e problème est que pour accéder à ce col, il faut gravir une pente de neige-glace sur un peu plus de 600 m. Bien sûr, il y a les cordes fixes aménagées par les rangers, mais c’est quand même laborieux! Ce jour-là, il y a tellement de vent, que je suis d’autant plus heureux d’avoir choisi ce jour comme jour de repos!

 

Camp 4 – Camp 5 – Camp 4

C’est peut être là que nous avons fait une erreur. Toujours impatients, nous avons décidé de monter une tente au camp 5 et de redescendre. Cela devait permettre à nos amis français de faire l’ascension en laissant une de leur tente au camp 4 et d’avoir nos deux tentes en haut au camp 5. C’était peut être une bonne idée, mais du coup, ça nous a fait faire pas mal d’aller retour. Ceci dit, l’arête qui mène au camp 5 est incroyablement belle. Depuis cette arête, on surplombe déjà le Mont Foraker et forcément, cela nous donne des idées pour une autre fois!

Nous sommes de retour au camp 4 très tard et nos amis américains sont inquiets pour nous, alors quand nous arrivons vers 21h à la tente, ils nous ont préparé de la soupe et de l’eau chaude pour nos « hyoph ». Cela nous a fait vraiment plaisir car nous étions un peu dans le rouge.

Camp 4 – Camp 5

La montée sur ces cordes fixes est plutôt comique. Je profite des nombreux moments de pause pour discuter avec les guides américains. En fait dans chaque groupe, il y a un guide certifié. Ensuite, il y a les « helping guide » qui en général sont des jeunes avec très peu d’expérience en montagne, mais plutôt des touches à tout, style, canyoning, rafting, cueilleur de fruits, et « helping guide ».  Bien évidement ils ont de la peine et les clients du groupe aussi! Du coup ils ont une technique pour avancer: si l' »helping guide » s’appelle Alex, cela donne : « Alex, climbing! » Les clients font trois pas et on entend en général : « Alex, stop climbing »!!!

Après ces cordes fixes, nous quittons nos amis pour rejoindre le camp 5 où nous installerons une deuxième fois une tente, mais cette fois-ci, la notre! Nous aidons nos amis japonais à scier la glace qui se trouve sur le site qu’ils ont choisis pour camper. Le vent s’est levé et c’est dans une petite tempête que nous nous dépêchons de faire nos murs de neige-glace pour abriter nos tentes.

Enfin installés, nous profitons de notre palace à -25°C sous tente, avant de nous lancer vers le sommet le lendemain.

Camp 5 – 5 900m – Camp 5

Nous n’avons pas envie de traîner ici alors malgré le vent, nous décidons d’essayer. Nous ne remarquerons qu’au retour que nous fûmes les seuls à tenter ce jour là! Il fait froid, mais bien couverts nous partons en direction du col qui de là, devrait nous amener au « football field » et de là, le sommet. Nous luttons contre le froid et le vent, mais nous ne voulons pas lâcher. La visibilité n’est pas au top, et j’avoue que chaque pas nous coûte. Aline a froid et ralentit. Après plusieurs encouragements mutuels, nous décidons à 5 900m de faire demi-tour et de revenir demain quand il y aura moins de vent.

Notre descente est lente et lorsque nous arrivons au camp nous sommes acclamés par les tentes environnantes pour le culot de notre tentative! C’est déjà ça!

Camp 5 – Sommet – Camp 5 – Camp 4

La nuit est bonne mais froide. Aline n’est pas au top de sa forme, et le partenaire de Hugues non plus, alors nous décidons de faire cordée ensemble. Ce n’est pas mon habitude de laisser mon partenaire au camp, mais Aline insiste et est bien installée dans la tente au chaud. Nous attaquons la montée au col, Hugues est devant et tient un rythme d’enfer. Moi je ramasse de la veille mais je serre les dents. le vent est quasi nul, du coup, avec toutes les couches que j’ai, j’ai presque chaud! Nous avançons doucement, beaucoup de pauses, beaucoup d’hydratation. Finalement, plus on avance, plus je me refais. Ça tombe bien car Hugues commence à caler. Nous finissons par arriver au sommet, mais que c’est dur de prendre une photo et de profiter alors qu’il fait si froid.

Nous redescendons et là pour le coup, nous allons relativement vite. Nous arrivons au col où nous pouvons voir les tentes du camp 5  et nous hurlons notre joie! Nous sommes attendus au camp par Aline et Gégé, avec une bonne soupe et de l’eau, de l’eau, de l’eau.

J’ai encore assez de jus pour proposer de partir de là et aller dormir au camp 4, où il fait nettement plus chaud! Nous plions nos tentes et nous faisons équipe pour descendre. Je ne me souviens pas à quelle heure nous sommes arrivés car il fait toujours jour ou presque, mais nous étions bien content de planter la tente dans un emplacement presque parfait et de se mettre au lit!

Camp 4 – 3 – 2 – 1 – BC -Talkeetna

Le lendemain, c’est « chill », nous faisons nos sacs, nos luges, nous disons au revoir à tout le monde, nous laissons de la nourriture, des biscuits, de l’essence, tout ce qu’on peut laisser! Et puis nous descendons sur le camp 3. Là nous découvrons que sous la mer de nuage que nous voyions en dessous de nous, il a beaucoup neigé. Du coup, quand nous déterrons nos skis d’approche, on saisit l’occasion pour skier certes avec une pulka en laisse, mais skier et du coup nous avançons super vite! Nous passons le camp 2, puis le camp 1, sans presque faire aucun effort… Nous n’y croyions pas mais de plus en plus, on se dit que nous pourrions choper un avion du BC et rentrer pour un vrai lit, un vrai restaurant! Nous remontons la petite pente pour arriver au BC en mode turbo et je vais direct voir la responsable de K2 aviation. « Please, please… » Au bout d’un moment elle craque et ils nous envoient un pilote mais ce n’est pas sûr car le mauvais arrive et ils ont prévu la même chose les quatre prochaines jours…

Finalement, le pilote se pose et vite vite, on embarque nos affaires et nous passerons le col juste juste avec l’avion dans la tempête de neige déjà.

Quand nous arrivons c’est le  « Memorial Day » et tous les hôtels sont pris, sauf un hôtel chic. On ne se pose pas trop la question et nous acceptons, l’hôtel et nous mangeons sur place.

De Talkeetna, nous partirons pour Anchorage puis le sud, voir nos amis qui nous reçu comme des princes, et passer du bon temps ensemble au milieu de cette nature si riche de sa liberté.

 

 

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